mardi 22 mai 2007

Les peintures de pagode au fil du temps et des modes

Les peintures de pagode au fil du temps et des modes
CS 22-05-2007

L'Institut Reyum expose en ce moment le fruit de six années de travail : l'inventaire des fresques murales des pagodes du royaume. Un voyage inédit à travers le temps et les styles.

Norodom Sihanouk, Kennedy, Khroutchev... lors de la crémation du Bouddha (détail) - Soren Seelow
Une pagode se lit dans le sens des aiguilles d’une montre. On entre par la porte de l’Est, pose son regard sur les fresques du mur sud avant de remonter la séquence jusqu’à l’endroit par où on est entré. Pour son exposition consacrée aux peintures murales des wat, l’Institut Reyum a adopté le même dispositif. Les quatre murs étroits de sa petite galerie proposent un voyage pictural giratoire dans l’univers religieux et folklorique du royaume à travers une sélection de fresques provenant de quelque 600 pagodes du pays, soit la moitié des pagodes recensées officiellement.Cette exposition, accompagnée d’un magnifique ouvrage en vente à la galerie, est l’occasion de réviser en images les 550 vies du Bouddha, thème favori des pagodes, des scènes majeures du Reamker ou encore de (re)découvrir l’univers fantasmatique des enfers. Mais ce travail d’inventaire, fruit de six années de travail, offre surtout un aperçu de la diversité stylistique des fresques des pagodes cambodgiennes. “Il y a eu des travaux de recherche sur les peintures murales des wat, mais ils s’intéressaient essentiellement à la peinture classique de la fin du XIXe siècle. Notre équipe a fait un relevé photographique systématique dans 600 pagodes quels que soient le style et l’époque. C’est une première”, explique Ly Daravuth, directeur de l’Institut Reyum. L’esthétique des fresques au charme délavé du XIXe siècle côtoie ainsi le pimpant des peintures des années 50 dans un raccourci visuel inédit.Depuis le début de ce travail d’inventaire, plusieurs pagodes photographiées par Reyum ont déjà disparu, démolies, rénovées ou recouvertes de fresques nouvelles. Or, la connaissance des textes bouddhiques s’étant peu à peu érodée, les peintres contemporains se contentent généralement de reproduire les scènes les plus connues, faisant glisser dans l’oubli des pans entiers de la culture picturale et religieuse du pays. “Dans le passé, les peintres de pagodes étaient des bonzes. Aujourd’hui, ce sont des peintres, qui ne connaissent souvent pas grand-chose aux textes”, résume Ly Daravuth. Dans ce contexte d’acculturation grandissante, Reyum publie, en marge de cette exposition, un ouvrage pédagogique reproduisant une grande partie de ces fresques accompagnées de textes explicatifs en khmer afin, espère son directeur, de rétablir “ce lien entre le texte et l’image”.Au-delà des thèmes abordés et de la diversité des styles, cette exposition livre à la dérobée quelques détails sur le contexte socio-historique de leurs auteurs. On découvrira ainsi avec amusement une illustration pour le moins anachronique de la crémation du Bouddha à laquelle assistent, invités de marque en costume du dimanche, Norodom Sihanouk, Sukarno, Khroutchev, Nehru, Mao Tse Toung et... John F. Kennedy. Plus incongrue encore, cette scène de la distribution des cendres du Bouddha où, à côté d’un Norodom Sihanouk en uniforme, se bouscule une foule hétéroclite composée d’un mousquetaire français (à moins qu’il ne s’agisse d’un Conquistador), d’une grosse dame en manteau (de dos), d’Amérindiens débarqués d’on ne sait où (si ce n’est de la caravelle du Conquistador), de Messieurs à petite moustache et de dames portant fièrement le bustier.

Soren Seelow

Cambodge-Laos-Vietnam: première conférence du Comité de coordination du Triangle

Cambodge-Laos-Vietnam: première conférence du Comité de coordination du Triangle



Des mécanismes et politiques adaptés visant à créer une force motrice au développement régional ont été approuvés lors de la première conférence du Comité de coordination pour la coopération et le développement du Triangle Cambodge-Laos-Vietnam, clôturée le 18 mai à Pleiku, province de Gia Lai (hauts plateaux du Centre, Vietnam), après 2 jours de travail.

Cette manifestation, co-présidée par Cham Prasidh, ministre cambodgien du Commerce, Soulivong, président du Comité du Plan et de l'Investissement du Laos, et Vo Hông Phuc, ministre vietnamien du Plan et de l'Investissement, a réuni la participation d'environ 250 investisseurs cambodgiens, laotiens et vietnamiens, ainsi que d'autres pays.

Ces mécanismes et politiques visent à favoriser la circulation des habitants, des véhicules et des produits, et à encourager l'investissement et les échanges commerciaux dans la région. Cela est considéré comme un point essentiel pour le développement du Triangle Cambodge-Laos-Vietnam dans le processus d'intégration et pour exploiter efficacement les potentialités des 10 provinces de cette région dans l'agriculture, l'industrie, la construction...

Concernant la politique fiscale et l'investissement, les co-présidents du Comité de coordination de ces 3 pays ont décidé d'accorder des priorités sur les taxes d'importation et d'exportation de plusieurs produits majeurs de première nécessité au service des habitants et de la production, de permettre aux produits fabriqués dans le Triangle de franchir les frontières des 3 pays avec des procédures plus simples.

Ils ont également pris en haute considération le rôle important des investisseurs hors de ce Triangle de développement, ce qui crée des opportunités pour intensifier la coopération dans plusieurs domaines. Cela a été prouvé par les résultats de la Conférence de promotion de l'investissement dans le Triangle de développement tenue en avril dernier dans la province de Kon Tum. Le Japon s'était engagé à accorder 20 millions de dollars dans la construction de projets d'infrastructures socio-économiques dans cette région, prioritairement à ceux déployés sur les territoires lao et cambodgien.

Les conférenciers ont été unanimes concernant la convocation de la 2e conférence du Comité de coordination du Triangle Cambodge-Laos-Vietnam, en février 2008 au Cambodge.

Lê Hà/CVN
(21/05/07)

lundi 21 mai 2007

Manifestation pour la réintégration de syndicalistes

Cambodge : Manifestation pour la réintégration de syndicalistes

Les ouvriers de l’usine River Rich ont fait une démonstration spectaculaire contre leur patron vendredi, en brûlant les tee-shirts à l’effigie des commanditaires H&M, Zara et Indertex SA, pour montrer à quel point ils étaient décidés à se battre pour la réintégration de leurs représentants syndicaux.

Près de 200 ouvriers de l’usine de confection textile River Rich située dans le district de Saâng (province de Kandal) étaient rassemblés vendredi matin devant leur lieu de travail pour réclamer la réintégration de dix représentants syndicaux. A 8 heures, les pneus brûlaient aux portes de l’usine et les ouvriers brandissaient des pancartes interpellant les commanditaires des vêtements aussi bien que les autorités cambodgiennes : “Nous sommes contre H&M, Zara et Indertex SA qui violent le droit des ouvriers et la liberté syndicale”, “le gouvernement doit intervenir contre l’usine River Rich afin que les syndicalistes reprennent le travail”. Pendant que les ouvriers crient leur colère, le service de sécurité de l’usine éteint les flammes et tire quelques coups de feu en l’air. La bousculade ne tourne pas à l’affrontement, policiers et gendarmes ainsi qu’un camion de pompiers sont sur les lieux intervenir en cas de besoin.

Le sang des ouvriers
La guerre des hauts-parleurs reprend de plus belle, celui des grévistes contre celui de la direction. Les ouvriers proclament leurs revendications et demandent à leur patron de respecter le code du travail tandis que la direction diffuse en boucle ses avertissements par magnétophone : “Il faut que les grévistes reprennent le travail dans les 24 heures sauf les licenciés dont la cour de Kandal a confirmé le licenciement depuis le 12 avril. Sinon, nous vous expulserons tous. Et si c’est nécessaire, nous fermerons l’usine!” Les ouvriers semblent indifférents à ces menaces.

“Ca ne me fait pas peur, témoigne le gréviste Yin Sokhom. Ce qui compte, c’est que nos représentants reprennent leur place et que le patron améliore certaines de nos conditions de travail.” Autour de lui les collègues répètent que leurs dix délégués syndicaux se sont sacrifiés pour leur obtenir de meilleures conditions de travail. Trois ouvriers s’emparent alors d’un tee-shirt blanc sur lequel ils inscrivent au marqueur rouge les noms des commanditaires. Au milieu de la foule, ils brûlent cet emblême ainsi qu’un exemplaire des accords entre syndicat et patronat, signés en février, dans lesquels il est promis aux licenciés qu’ils récupéreront leur poste.

“Dès aujourd’hui, les consommateurs du monde entier doivent boycotter les marques H&M, Zara et Indertex SA parce qu’ils sont de mèche avec le patron, ils ne respectent pas l’éthique commerciale ni les droits des ouvriers”, crie Ath Thorn, président de la CCAWDU (Coalition of Cambodia appareal of worker democrate union). Selon lui, ces commanditaires affichent plus d’indifférence sur ces questions au Cambodge qu’en Chine où le marché de la confection textile est bien plus important et où les problèmes sont pris plus au sérieux.
Les choix des syndicalistes
L’affaire des licenciements de River Rich remonte aux mois d’octobre et novembre 2006, au cours desquels 30 représentants syndicaux ont été mis à la porte. Sur ce total, 20 ont accepté une indemnité de 1 500 dollars contre leur départ. Pin Sophea fait partie de ceux qui ont refusé l’argent. Il se souvient d’une proposition de l’administrateur faite un soir vers 22 ou 23 heures pour l’inciter à accepter l’indemnité. “La direction m’a demandé de chercher un autre travail tout en s’engageant à continuer à me payer 100 dollars par mois. Je pouvais décider de toucher l’argent mensuellement ou en une fois. Ensuite, il m’a proposé de suivre des cours privés pour apprendre à réparer des équipements électroniques comme les magnétophones, télévisions, radios… Ce n’était pas possible pour moi. Finalement, ils se sont engagés à me verser 5 000 dollars si je pouvais convaincre les autres de prendre l’argent et de quitter River Rich.” Devant les objectifs des appareils photo de la police et de la sécurité, Pin Sophea insiste : “Ces milliers de dollars, c’est beaucoup d’argent pour moi, mais c’est le sang des ouvriers qui paye. Si j’accepte cet argent, je contribue au mauvais traitement des ouvriers cambodgiens. Ce que je veux, ce sont de bonnes conditions de travail.”

Dans un rapport adressé aux commanditaires des vêtements, Ath Thorn conclut que le patron est prêt à dépenser beaucoup d’argent pour acheter les syndicalistes et conduire le mouvement syndical à sa disparition. De son côté, le directeur chinois de l’usine River Rich, qui par ailleurs en gère trois autres (deux à Kandal et une à Takéo) et dirige près de 9 000 salariés en tout, brandit la décision de justice contre les grévistes. “J’ai gagné à la cour de Kandal”, rappelle-t-il en référence au jugement du 12 avril. “Je suis très inquiet de ces événements et surtout que les ouvriers brûlent les marques des commanditaires. Si le gouvernement ne prend pas de mesures efficaces conformément à la loi, je mets fin à mes investissements dans le pays”, tranche Song Jian Ting en rappelant combien, par sa présence, il contribue à la réduction de la pauvreté au Cambodge. “Je vais porter plainte”, promet-il.

Le ministère de l’Emploi qui peut tenter une réconciliation en amont des décisions de justice assure ne plus pouvoir intervenir. A l’usine River Rich, les ouvriers et la direction campent fermement sur leurs positions sans aucune intention de céder.

Hier, à la sortie d’une réunion avec les représentants de la CCAWDU, Ath Thorn annonçait la remise d’une pétition lundi et prévenait : “Si le Gmac n’intervient pas, nous reprendrons la grève mais, cette fois, dans les 50 usines où nous sommes présents.”

Cambodge Soir, 21 mai 2007

Découverte au Cambodge d'une rare tortue géante de Cantor

Découverte au Cambodge d'une rare tortue géante de Cantor

AP 18.05.2007 12:00

Une tortue géante de Cantor, espèce considérée comme en voie d'extinction, vient d'être découverte au Cambodge dans un ancien bastion des Khmers rouges, ont annoncé cette semaine des scientifiques.

Cette femelle de 12 kilos a été découverte en même temps qu'un nid dans la région du bassin du Mékong, zone longtemps inaccessible aux scientifiques pour des raisons de sécurité, ont indiqué mercredi les organisations Conservation International (CI) et Fonds mondial pour la nature (WWF).

"Nous pensions qu'elle (cette espèce, NDLR) était pratiquement disparue, mais nous l'avons trouvée en abondance dans cette partie tout à fait préservée du Mékong, ce qui fait de cette région l'un des plus importants sites au monde pour la sauvegarde de cette espèce particulière", a expliqué David Emmett, biologiste de CI, dans un communiqué. "Cette incroyable découverte signifie qu'on peut empêcher que cette tortue unique disparaisse de notre planète".

La tortue géante de Cantor ("mauremys mutica") est actuellement classée comme une espèce en voie d'extinction par l'Union mondiale pour la conservation de la nature, notamment en raison de la disparition de son habitat et de son gibier.

Elle peut mesurer jusqu'à 1,80m de long et peser près de 60 kilos. Son dernier représentant avait été repéré dans la nature au Cambodge en 2003. Elle avait également été signalée en petite quantité au Laos, mais semble avoir disparu au Vietnam et en Thaïlande.

Tortue assez plate à la peau caoutchouteuse, ses côtes sont soudées pour former une couche protégeant ses organes internes. Elle se protège des prédateurs en passant 95% de son temps cachée dans le sable ou la boue, seuls son visage étant sortis. Elle possède de longues griffes et de mâchoires suffisamment puissantes pour briser des os.

C'est la première fois que des scientifiques internationaux peuvent conduire une étude détaillée dans cette région du Mékong depuis que les restrictions sur la sécurité ont été levées à la fin des années 1990.

Les scientifiques cambodgiens et internationaux ont l'intention d'engager des villageois locaux pour protéger les plages où la tortue géante de Cantor se reproduit et empêcher pendant la saison sèche la pêche illégale de cette espèce très courtisée sur les tables du Vietnam voisin.

Les villageois recevront aussi des compensations financières pour compenser la perte de leurs revenus tirés du commerce illégal de cette espèce, selon le WWF. AP

Le Cambodge de nouveau ouvert, au compte-gouttes, à l'adoption

Le Cambodge de nouveau ouvert, au compte-gouttes, à l'adoption
(AFP).

Publié le 16 mai 2007
Actualisé le 16 mai 2007 : 08h57

Les familles françaises sont autorisées à adopter une trentaine d'enfants en 2007.

Le Cambodge a de nouveau autorisé les adoptions d'en­fant par des familles françaises, n'autorisant cependant en 2007 qu'une trentaine d'adoptions, a indiqué hier Laure de Choiseul, présidente de l'Agence française de l'adoption (AFA).

Pour Laure de Choiseul, de retour d'une mission conjointe avec le ministère des Affaires étrangères au Cambodge, la réouverture de ce pays, fermé en 2003 à l'adoption internationale avec la France en raison de « procédures peu claires », « est une très bonne nouvelle », malgré le petit nombre d'enfants pour l'instant concernés.

« Le Cambodge est dans une période de transition avant sa ratification de la convention de La Haye » (de 1993 sur la protection de l'enfant et la coopération en matière d'adoption internationale, NDLR), souligne la présidente de l'AFA. « La porte est entrou­verte, nous n'avons qu'une trentaine d'enfants, et pas de perspectives dans l'immédiat », prévient-elle.

Les trente premiers dossiers d'agrément parvenus à l'AFA seront envoyés au Cambodge.

L'ouverture récente, le 15 mars, du Vietnam à l'adoption internationale avait provoqué un afflux de dossiers (1 500 en dix jours), pour quelque 200 enfants adop­tables. Créée il y a tout juste un an, l'AFA s'était attiré les foudres des familles en choisissant de sélectionner « au hasard » les dossiers. « Cette procédure a été mal vécue, nous n'allons pas la réitérer », a précisé la directrice de l'AFA.

http://www.lefigaro.fr/france/20070516.FIG000000041_le_cambodge_de_nouveau_ouvert_au_compte_gouttes_a_l_adoption.html

Le problème du foncier est géré au Cambodge à coup de bulldozer !

Le problème du foncier est géré au Cambodge à coup de bulldozer !

Tieng Khov s'accroche aux restes de la récolte de l'an dernier pour nourrir sa famille pendant encore quelques semaines. Après, plus rien! Les bulldozers ont eu raison des champs de riz et du verger de cet homme de 46 ans, fatigué et en colère.
Comme des centaines d'autres villageois de cette communauté du sud-ouest du Cambodge, Tieng Khov a brusquement perdu ses 17 hectares de terres lorsque la compagnie sucrière Koh Kong s'y est implantée à la faveur d'une "concession économique foncière" accordée par les autorités dans le cadre d'une politique visant à améliorer les rendements et à dynamiser les exportations.


Des policiers armés gardent désormais le périmètre de la nouvelle propriété qui totalise 9.700 hectares. Un fossé a été creusé autour. "Ils ont menacé les gens et ont volé la terre", affirme le paysan. Ces "saisies", qui se sont multipliées depuis une dizaine d'années avec le développement rapide du Cambodge, concernent en fait des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des fermiers déshérités et des habitants de bidonvilles n'ayant aucun moyen de pression politique, affirment leurs défenseurs. Seul un petit nombre de personnes "dépossédées" a été dédommagé et ceux qui ont touché de l'argent n'ont pas été payés au prix du marché, ajoutent-ils.
"Pratiquement aucune concession économique foncière n'a été précédée de consultations avec les habitants", déclare un avocat de l'ONG Community Legal Education Centre (CLEC) sous couvert de l'anonymat. "Les saisies augmentent quotidiennement avec leur lot d'expulsions et de conflits entre pauvres et riches qui prennent leurs terres". De nombreux titres de propriétés ont été détruits sous le régime ultra-maoïste des Khmers rouges (1975-1979) qui avait vidé les villes au profit des campagnes et imposé le travail forcé à grande échelle dans des fermes collectives. Dans le chaos ayant suivi la chute des Khmers rouges, de nombreuses personnes sont restées là où elles se trouvaient et ont occupé les terrains disponibles.

Une loi datant de 2001 permet aux individus de conserver une terre sur laquelle ils ont travaillé pendant cinq ans, mais rares sont ceux qui détiennent tous les documents requis. "Le gouvernement a créé de nombreuses institutions pour résoudre ces problèmes. Aucune d'elles ne fonctionne", explique l'avocat du CLEC. Certaines personnes ont engagé des actions en justice, mais sans grand résultat. "Les tribunaux sont très corrompus", affirme Tieng Khov. Lorsque les bulldozers de Koh Kong sont entrés en action, les villageois ont manifesté. "J'ai reçu la visite d'hommes armés qui m'ont conseillé de vendre", raconte Sim Men.
Depuis, les bêtes s'aventurant sur les terrains de la compagnie sont abattues et leurs propriétaires obligés de payer des amendes allant jusqu'à 100 dollars pour "l'infraction", ajoute cette femme de 25 ans, assise près du fossé la séparant désormais de son ancienne ferme. L'année dernière, des gardes ont ouvert le feu sur des villageois qui ont tenté d'arrêter les bulldozers, blessant plusieurs personnes aux jambes, précise Tieng Khov.

"Je ne sais pas pourquoi ils ont tiré", admet le sénateur Ly Yong Phat qui possède l'entreprise sucrière. Il souligne qu'une commission a été créée pour examiner les plaintes mais "nous ne pouvons pas restituer la terre". Ailleurs, les conflits fonciers ont pris parfois une tournure plus violente. L'éviction de milliers de personnes d'un bidonville de la capitale Phnom Penh a provoqué des émeutes en juin dernier et une épreuve de force dans la localité de Poipet (nord-ouest) a abouti à la mort d'au moins six personnes en 2005. Plus de 100 conflits de ce type ont été recensés par des ONG pour la seule année 2006.
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Rédactrice en chef: Anne IMBERT / Contactez la rédaction

Au Cambodge, le téléphone portable est roi

Au Cambodge, le téléphone portable est roi
CS 15-05-2007

Le marché du téléphone portable est en plein essor. Avec 1,5 million d'usagers, il est en croissance de près de 35% chaque année. Une étude compare les marchés cambodgien, viêtnamien et laotien.

Avec 1,5 million d’utilisateurs et une croissance annuelle de l’ordre de 35%, le marché du téléphone portable se porte très bien au Cambodge. Par comparaison, le secteur de la téléphonie fixe se traîne péniblement avec seulement 42 000 usagers, et la pénétration de l’internet, plus cher que dans les pays voisins, reste faible. C’est le résultat d’une étude intitulée “Telecoms, mobile and broadband in Cambodia, Laos and Vietnam” disponible (et payante) sur le site internet researchandmarket.com.
Si le royaume continue de “bouder” le téléphone fixe en misant directement sur le mobile, la faiblesse de l’internet surprend davantage les auteurs de l’étude au regard de l’intérêt manifeste du pays pour les outils de communication modernes. S’ils saluent la stabilité revenue et les efforts pour améliorer les infrastructures de télécommunication, les auteurs estiment que “le secteur des télécoms continue de réclamer de sérieuses réformes de régulations”.
Par comparaison, 16 millions de Viêtnamiens sont aujourd’hui propriétaires d’un portable. Ce secteur connaît une croissance annuelle de 85% qui ne devrait pas faiblir dans les années qui viennent. Malgré les réticences du gouvernement vis-à-vis de l’internet, le nombre d’abonnés augmente de près de 200% chaque année, et les usagers représentent 18% de la population. De façon surprenante, le téléphone fixe croit aussi vite que le secteur des portables, à un taux annuel d’environ 100%. Dans l’ensemble, le secteur des télécoms a connu un coup de pouce avec l’entrée du pays à l’OMC au début de l’année et l'augmentation des investissements étrangers.
Le Laos, avec son petit marché de 6 millions d’habitants, est à la traîne. Selon l’étude, la joint-venture formée en 1996 par le gouvernement entre Lao Telecom et la compagnie thaïlandaise Shinawatra a été une “occasion manquée”. Aucune attention sérieuse n’a été portée sur les infrastructures réalisées durant ces cinq années d’exclusivité, et l’ouverture du marché en 2002 n’a pas été aussi prolifique qu’attendue. Néanmoins, près d’un million de Laotiens possèderaient un portable, selon les chiffres officiels, et le secteur enregistrerait une croissance de 40% par an.

Soren Seelow

"L'Avocat de la terreur" : Jacques Vergès, portrait d'un avocat hors normes

SÉLECTION OFFICIELLE - UN CERTAIN REGARD
"L'Avocat de la terreur" : Jacques Vergès, portrait d'un avocat hors normes
LE MONDE 19.05.07 12h57 • Mis à jour le 19.05.07 12h57

Il faudrait aligner un certain nombre d'oeuvres présentées au 60e Festival de Cannes pour atteindre la densité de récits, l'accumulation romanesque, le réservoir d'histoires que contient L'Avocat de la terreur. Le film de Barbet Schroeder n'est pourtant pas une fiction mais un documentaire. C'est le portrait d'un personnage hors norme, controversé, mystérieux : l'avocat Jacques Vergès. Le choix d'un tel "sujet" n'étonne guère quand on connaît l'oeuvre de l'auteur de More ou du Général Idi Amin Dada. Pour Schroeder, les frontières entre documentaire et fiction semblent moins importantes que la problématique des relations entre cinéma et vérité.

Un long entretien avec Me Vergès, 82 ans, entrecoupé de témoignages et d'images d'archives, constitue l'épine dorsale d'un film qui entreprend de retracer l'itinéraire de l'avocat mais aussi de confronter sa parole, ou au contraire ses silences, avec diverses informations qui la légitimeraient ou l'invalideraient.

Français né au Cambodge, Jacques Vergès sera solidaire de tous les mouvements anticolonialistes. Défenseur des militants du FLN algérien condamnés pour avoir commis des attentats durant la bataille d'Alger, il épouse, après l'indépendance du pays, Rachida Bouhired, condamnée à mort puis graciée à la suite d'une campagne animée par l'avocat. Il se consacre ensuite à la cause palestinienne puis disparaît durant huit ans - il a toujours entretenu le mystère sur cette période. Il resurgit et devient l'avocat d'activistes ayant choisi la lutte armée contre l'impérialisme et Israël. L'un de ses plus spectaculaires engagements sera enfin la défense de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon.

Alors que les précédents documentaires de Barbet Schroeder consistaient en une immersion de l'équipe technique dans la vie et l'activité de ses sujets, L'Avocat de la terreur est une succession de rencontres et d'entretiens. Mais le sentiment de se trouver face à un défilé de "têtes parlantes" est vite dissipé par la richesse de sa matière.

THRILLER D'ESPIONNAGE
C'est d'abord toute une époque de luttes politiques sanglantes, où la terreur aveugle devient moyen militaire, où les idéaux sont hors d'atteinte et corrompus. C'est aussi un incroyable thriller d'espionnage, avec ses secrets d'Etat, ses tueurs par conviction ou par goût du lucre, ses anciens nazis comme le banquier suisse François Genoud, soutien de la cause arabe.

Le personnage de Vergès fait partie de ces "monstres" ambigus qu'affectionne Barbet Schroeder. Cet homme qui minore le génocide perpétré par les Khmers rouges incarne-t-il une haine légitime du colonisé contre le colonisateur ? Est-il héroïque ou crapuleux ? Cet homme, terrifiant de vanité et d'intelligence, est-il cynique ou honnête ? A-t-il été agent double ou militant sincère ? Qu'a t-il fait durant sa mystérieuse disparition (le film ne répond guère à la question sinon en balayant l'hypothèse d'une présence au Cambodge durant ces années) ?

La complexité du personnage apparaît mieux si on se défait des catégories morales qui empêchent peut être d'en comprendre le mécanisme intime. Car, finalement, c'est en empêchant de percevoir ses diverses qualités comme contradictoires que Me Vergès est un formidable catalyseur pour un cinéaste qui n'a jamais cessé de montrer que la vérité est parfois faite de paradoxe et de confusion.

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Film documentaire français de Barbet Schroeder (2 h 15.)

Jean-François Rauger
Article paru dans l'édition du 20.05.07

Première foire du commerce équitable au Cambodge

Première foire du commerce équitable au Cambodge
CS-11-05-2007

A l'occasion de la journée mondiale du commerce équitable, samedi, l'organisation Village Focus International organise pour la première fois au Cambodge une foire sur ce secteur de l'économie en pleine expansion.

Vin et sucre de palme, riz, écharpes peuvent offrir des débouchés équitables aux petits producteurs cambodgiens (KS)
Le Cambodge entre sur la scène internationale du commerce équitable. Samedi, pour la journée mondiale du commerce équitable, une foire est organisée à Phnom Penh. C’est la première fois qu’un événement relatif à cet enjeu a lieu dans le royaume. Car l’idée d’une meilleure rétribution des petits producteurs prend de plus en plus d’importance au Cambodge.

Annie Perng, de l’ONG Village Focus International organisatrice de cette foire où vont se retrouver près de 200 artisans, explique “que même si le commerce équitable est sous développé en Asie, par rapport à l’Amérique Latine et à l’Afrique, c’est une autre manière de faire des affaires que l’on tente de proposer. Il s’agit de développer des entreprises socialement responsables.”

Elles seraient déjà près de 60 à fructifier dans ce domaine au Cambodge. Du sac à l’écharpe, en
passant par le papier et le miel, tous les accessoires du parfait consommateur équitable seront en vente samedi. Kong Nai, le joueur de chapei est annoncé, ainsi que la conception d’un krama géant au cours de la fête. Bref, tout pour passer un bon week-end très... équitable.

Lorraine de Foucher

Les Français peuvent de nouveau adopter

Les Français peuvent de nouveau adopter
CS-17-05-2007

C'est officiel : les Français peuvent de nouveau adopter au Cambodge. L'Agence française de l'adoption et les Amis des enfants du monde sont désormais les deux seuls organismes accrédités pour aider les futurs parents français dans leurs démarches.

Pour Laure de Choiseul, présidente de l’Agence française pour l’adoption (AFA), c’est “une très bonne nouvelle.” En effet, l’Afa vient d’obtenir de la part du ministère de l’Action sociale cambodgien “l’autorisation d’intervenir dans la procédure d’adoption internationale au Royaume du Cambodge.” En clair : les Français peuvent de nouveau adopter des enfants au Cambodge, ce qui n’était plus possible depuis la fermeture de 2003. Une trentaine d’orphelins avaient quand même rejoint l’Hexagone entre 2003 et 2006, mais il s’agissait de régularisations de dossiers ouverts avant 2003. Les parents ne pourront d’ailleurs plus adopter individuellement : ils devront passer par l’Afa ou par Amis des enfants du monde, les deux agences qui ont été accréditées par décret le 11 mai dernier. Ainsi, toutes les demandes devront être envoyées à l’Afa qui les transmettra à l’ambassade de France à Phnom Penh, qui à son tour les confiera au ministère des Affaires étrangères cambodgien. C’est à ce ministère de décider de l’adoption d’enfants cambodgiens par des ressortissants français, et les futurs parents ne pourront se rendre au Cambodge que sur son invitation.

Imbroglio juridique
Mais l’Afa, créée en 2006 pour servir de relais officiel aux parents adoptants dans leurs démarches avec les pays étrangers, s’est déjà attirée les foudres de nombre d’entre eux pour la longueur et le côté hasardeux des démarches. Le 15 mars, le Viêt-nam a aussi été rouvert à l’adoption internationale et l’Afa a dû faire face à un afflux important de dossiers : près de 1 500 en dix jours pour quelques 200 enfants adoptables sur place. Le choix entre les différents couples candidats a été fait au hasard, provoquant le mécontentement des futurs parents. La situation n’est pas la même pour les deux voisins : le Viêt-nam est le premier pays d’origine des enfants adoptés par des Français, alors que le Cambodge n’est même pas sur la liste des 14 premiers pays qui représentent 87% des adoptions internationales. Pourtant, la leçon semble avoir été retenue, et pour ne plus jouer avec les espoirs des adoptants, la prudence est de mise à l’Afa.
Pour 2007, une trentaine d’enfants seulement pourront être proposés à l’adoption, car la période qui s’ouvre avec l’accréditation de l’Afa “est une phase transitoire dans la perspective de la ratification de la Convention de la Haye par le Cambodge” explique encore la présidente. Cette convention vise à réglementer l’adoption internationale, en instaurant la supériorité de l’intérêt de l’enfant, ce qui donne lieu à un contrôle mais aussi à une harmonisation des procédures. Car un vrai imbroglio juridique entoure l’adoption au Cambodge : le code civil n’autorise officiellement que des adoptions par des Cambodgiens. C’est en raison de ces complexités juridiques que les places sont chères : désormais le choix des couples candidats ne se fera plus par hasard, mais par ordre d’arrivée. Les parents potentiels doivent envoyer leur dossier le 22 mai 2007, cachet de la poste faisant foi. Les adoptions d’orphelins cambodgiens par des Français sont entre les mains des facteurs cette année.

“Un petit pays d’adoption”
Contrairement aux idées reçues, le Cambodge est loin d’être une destination privilégiée pour les futurs parents. L’association Enfance, familles et adoption (Efa), qui regroupe 10 000 familles françaises, a produit un rapport en décembre 2006, précédant l’accréditation de l’Afa, qui qualifie le Cambodge de “petit pays d’adoption”. La situation actuelle dans les orphelinats est telle que très peu d’enfants sont adoptables. 204 centres accueillent un total de 8 000 enfants. Parmi eux, seuls 343 s’y trouveraient à la suite d’un abandon.
Traditionnellement, justifie le rapport, “les abandons sont rares au Cambodge, les enfants orphelins étant pris en charge par la famille élargie.” Seuls les centres de nutrition publics et moins d’une dizaine d’orphelinats sont habilités à procéder à des adoptions, et le nombre d’enfants en leur sein a beaucoup diminué depuis la suspension des adoptions avec la France et els Etats-Unis. 80% des petits ont dépassé la limite d’âge légal, fixée à 8 ans. Il ne reste donc plus qu’un nombre très restreint d’enfants disponibles : “de rares bébés, plutôt des enfants de plus de 4 ans de sexe masculin” estime l’Efa. Par ailleurs, les conditions sont d’autant plus défavorables que “très peu d’enfants ont un statut légal clair”.

Adoption contre coopération
Depuis 1991 et les débuts de l’adoption internationale, seuls 3 000 enfants cambodgiens ont été adoptés, toutes nationalités des parents confondues. Les Etats-Unis arrivent en tête avec près de la moitié des dossiers. L’exemple emblématique d’Angelina Jolie et de son fils Maddox adopté en 2001 est révélateur de la primauté américaine. La star a adopté son fils et développé de nombreuses activités humanitaires dans le royaume, ce qui correspond bien aux attentes du gouvernement cambodgien. En résumé : adoption contre coopération, attitude que réfute l’Afa, qui n’a tout simplement pas de budget à cet escient. Dans cette situation concurrentielle, les couples français sont souvent déstabilisés par l’argent que l’on peut leur demander au cours de la procédure d’adoption alors que côté américain, on met la main au porte-monnaie sans rechigner.
Une pension pour l’enfant versée à l’orphelinat et/ou un don sont demandés aux adoptants. Ils se situeraient entre 800 et 900 $ selon le rapport de l’Efa, auxquels il faut rajouter des frais variant de 500 à 10 000 $ requis par la procédure administrative. Enfin, tout semble indiquer que l’ouverture à l’adoption internationale entraîne une augmentation des bébés arrivant dans les orphelinats, ce qui risque de se passer avec l’accréditation de l’Afa. “La situation actuelle n’est pas propice à l’adoption de petits Khmers par les Français” conclut le rapport.

Lorraine de Foucher

L’adoption internationale en chiffres
Une moyenne de 4 000 adoptions internationales a été comptabilisée dans le monde chaque année depuis 2003.
L’Asie est devenue en 2005 le premier continent d’origine des enfants adoptés, devant l’Amérique latine et l’Afrique.
19% des adoptions internationales se font au Viêt-nam, qui est de loin le premier pays d’origine des adoptions internationales.
1 273 enfants ont été adoptés en Asie en 2006.
Depuis 1991, moins de 3 000 enfants ont été adoptés au Cambodge dont 885 par des Français et 1 666 par des Américains.

vendredi 11 mai 2007

Le mur de bambou

Entretien avec Esmeralda Luciolli, médecin

Le mur de bambou

dimanche 6 mai 2007 par Emmanuel Deslouis

Lorsqu’en 1979 l’armée vietnamienne pousse le gouvernement de Pol Pot à la fuite, ç’en est fini de la folie des khmers rouges. Certes. Mais les dix années suivantes ont été marquées par la dictature d’anciens… khmers rouges « chaperonnés » par les Vietnamiens. Leurs dirigeants ont mis en œuvre une politique de contrôle de la population qui a vu son paroxysme avec un projet aussi délirant que meurtrier : le mur de bambou. C’est aussi le titre d’un livre du docteur Esmeralda Luciolli dans lequel elle raconte son expérience. Vingt ans plus tard, elle revient pour Eurasie sur cette période très mal connue du Cambodge.

Esmeralda Luciolli


Eurasie : Comment êtes-vous entrée en contact avec la réalité cambodgienne ?
Esmeralda Luciolli : Médecin généraliste avec une spécialisation en médecine tropicale, je suis partie en mission humanitaire pour Médecins Sans Frontières (MSF). Notamment en Thaïlande en 1979, dans les anciens camps de réfugiés cambodgiens ouverts dès la fin 1975. Ainsi j’ai travaillé pendant deux ans dans les villes-frontières d’Aranyaprathet et de Surin. Au départ, j’étais venue seulement pour six mois !

Eurasie : Et ensuite ?
Esmeralda Luciolli : Je suis partie faire une formation aux Etats-Unis. De retour en France en 1983, je n’ai pas oublié mon passage en Asie. J’ai étudié le khmer à l’institut des Langues’O car je voulais repartir là-bas. A l’époque, je n’avais pas encore de projet précis.

Eurasie : Ça n’a pas dû être simple !
Esmeralda Luciolli : C’était très compliqué de se rendre au Cambodge. D’ailleurs, il y avait très peu d’ONG sur place. Finalement, j’ai pu repartir avec la Croix Rouge française à Phnom Penh, de 1984 à 1986. Je travaillais à l’Institut National Antituberculeux.

Eurasie : Désorientée à votre arrivée ?
Esmeralda Luciolli : Pas tant que ça. Je me débrouillais en khmer, à la différence des autres étrangers présents à Phnom Penh. Même si on n’avait pas en principe le droit de discuter avec les Cambodgiens, j’arrivais à m’informer auprès d’eux.

Eurasie : Comment était l’atmosphère à Phnom Penh ?
Esmeralda Luciolli : Très pesante. Tout était contrôlé par le gouvernement. En 1984, on n’était qu’une cinquantaine d’Occidentaux en permanence dans la capitale. La plupart d’entre eux était sympathisants du régime pro-vietnamien. On était cantonné à l’hôtel. Dès qu’on sortait, on était suivi. Il y avait une atmosphère de paranoïa. On avait tous un guide, officiellement là pour traduire, qui dépendait du ministère des affaires étrangères et qui notait toutes nos activités ! Tout le temps présent, sauf pendant l’exercice clinique.

Eurasie : Vous n’étiez jamais tranquille ?
Esmeralda Luciolli : J’arrivais à m’en débarrasser pendant mes consultations. Ceci dit, les guides étaient aussi des sources d’information. Quand on « gardait » les mêmes guides longtemps, ils nous surveillaient mais nous informaient aussi. Il faut comprendre qu’ils subissaient, eux aussi, le régime. Ils nous mettaient en garde, nous disaient de faire attention à telle ou telle chose.

Eurasie : Malgré cette surveillance, vous aviez des contacts avec la population cambodgienne ?
Esmeralda Luciolli : Oui, dans mon organisation, la Croix Rouge, on travaillait au plus près des gens. En revanche, des gens comme ceux de l’UNICEF ne travaillaient qu’à l’hôtel et ne traitaient qu’avec des responsables du ministère. Ils avaient peu de contacts avec la réalité.

Eurasie : Et les Occidentaux qui venaient en visite à Phnom Penh ?
Esmeralda Luciolli : Beaucoup venaient pour des visites courtes bien balisées. A l’exemple de celles de madame Cheysson, présidente d’une ONG. Les responsables éloignaient le temps de la visite les orphelins et demandaient aux employés d’emmener leurs enfants bien habillés. D’autres fois, ils faisaient venir des malades faméliques. Les visiteurs tombaient souvent dans le panneau de ces manœuvres dont le but n’était que d’obtenir plus de subventions.

Eurasie : Qu’est-ce qui vous a frappé dans ce Cambodge vietnamien ?
Esmeralda Luciolli : L’encadrement constant de la population et des cadres. Une pression semblable à celle que vivaient les Vietnamiens et les habitants des pays staliniens en Europe de l’est. Des journées d’endoctrinement, de l’éducation politique, des séances d’autocritique, de dénonciation. Les gens étaient entourés : il y avait des chefs d’immeuble, de quartier. Pour se marier, il fallait l’autorisation du parti. A la campagne, ils étaient contrôlés par les « groupes de solidarité ». Ce n’était pas aussi extrême que sous les Khmers rouges, mais les gens avaient peur : ils étaient sous une surveillance constante.

Eurasie : Au coeur de cette paranoïa, vous avez découvert un projet délirant…
Esmeralda Luciolli : Quelques mois après mon arrivée, un projet de défense nationale a été mis en œuvre sous le sigle mystérieux « K5 ». Il est complètement passé inaperçu à l’époque à l’époque. On recrutait les hommes en âge de travailler et on les envoyait à la frontière thaïlandaise pour construire un mur de bambou.

Eurasie : Dans quel but ?
Esmeralda Luciolli : Ce devait être une ligne de défense de 800 km, tout le long de la frontière. Une décision prise au début 1984 par le comité central du Parti Communiste Vietnamien. Cela commençait par un défrichage sur une bande de 3-4 km de large, le percement de tranchées, l’élévation de digues, la construction de palissades en bambou doublées de barbelés et de champs de mines. Les Vietnamiens voulaient sécuriser leurs victoires : ils avaient réussi à détruire les principaux camps des Khmers rouges de Pol Pot et à les repousser en Thaïlande.

Eurasie : Quelle folie !
Esmeralda Luciolli : Vous pouvez le dire. Pendant deux ans, les gens ont été rafflés pour participer aux travaux de construction. Les conditions étaient très dures, il y avait une mortalité importante car nous étions dans des zones où le paludisme était important et qui étaient truffées de mines. Ce projet désorganisait la vie économique et agricole qui s’était péniblement remise en place. De 1984 à 1986, au moins un million de personnes ont participé aux travaux. La mortalité dûe au paludisme se situait autour de 5% donc il y a eu au minimum 50 000 morts. D’ailleurs, un fonctionnaire exilé a parlé de 30 000 morts.

Eurasie : Comment avez-vous appris cela ?
Esmeralda Luciolli : Plusieurs collègues khmers étaient réquisitionnés pour ce projet pendant des mois. Par ailleurs, on m’a aussi parlé du projet dans les provinces dans le cadre d’un programme antituberculeux.

Eurasie : Vous étiez privilégié à la Croix Rouge ?
Esmeralda Luciolli : Oui, car la plupart des étrangers et des Cambodgiens ne sortaient pas de Phnom Penh. On avait la chance d’aller dans les chefs lieux de Kompong Chnnang, Takeo et Prey Veng. On allait dans les districts donc on avait une bonne vision de la vie quotidienne à la campagne et en particulier à l’époque de ces grands travaux. Où on pouvait recueillir des témoignages volontaires ou entendre des réflexions involontaires ! Malgré l’absence d’infos officielles, on a vraiment senti que c’était massif. Je l’ai su par des patients qui partaient, par du personnel médical qui devait aller là-bas. Bien sûr, il y avait des magouilles, des gens payaient pour qu’on parte à leur place.

Eurasie : Où devait être construit ce mur ?
Esmeralda Luciolli : Sur l’ensemble de la frontière. On s’est demandé si c’était vraiment pour barrer la frontière, ou servir des objectifs de propagande. A Battambang, il suffisait de payer pour passer. Je pense que ces grands travaux devaient d’abord servir la propagande.

Eurasie : la presse étrangère n’en a pas parlé ?
Esmeralda Luciolli : Il y a eu quelques articles dans la presse, notamment du journaliste du Monde, Jean-Claude Pomonti, dans la revue Far Eastern Economic Review et dans la presse thaïlandaise. Mais il n’y a pas eu de dénonciation massive de ce projet fou.

Eurasie : Quelle partie a été construite ?
Esmeralda Luciolli : Le nord de la frontière, dans la province de Surin. De cela, il ne reste que des zones déboisées. Et des mines antipersonnels !

Eurasie : quel était l’impact de ce projet de mur ?
Esmeralda Luciolli : Déstructurant. Les gens partaient en permanence. J’ai réussi à chiffrer la mortalité à partir de témoignages, et en me basant sur les chiffres du paludisme.Le paludisme à l’époque était extrêmement résistant. C’est de l’ordre de dizaines de milliers de décès, plus des blessures par mines. Je me suis appuyée sur les cas de paludisme dans les dispensaires de provinces.

Eurasie : Qu’en disaient les ONG ?
Esmeralda Luciolli : A l’époque, le discours dominant était « tout va bien maintenant, ce serait contre productif de dire le contraire » ou « par rapport aux Khmers rouges, ce n’est rien ». J’ai commencé à me poser des questions. En discutant avec des gens comme le père François Ponchaud et Rony Brauman, je me suis décidée à témoigner de ce projet fou. Quand j’ai quitté le Cambodge, cette idée de livre a mûri, avant d’être publiée dans une collection de témoignages de médecins de MSF. Que cela soit clair, je n’étais pas partie avec l’intention d’écrire un livre. Autant MSF s’inscrit dans une politique de témoignages, autant la Croix Rouge s’est toujours maintenue dans la réserve.

Eurasie : Qu’avez-vous décrit dans le livre ?
Esmeralda Luciolli : La vie quotidienne. Le côté lourd de la propagande… et tout le discours occidental à l’extérieur du Cambodge.

Eurasie : Qui disait quoi ?
Esmeralda Luciolli : Que tout est mieux que le Cambodge de Pol Pot. Dans les faits, tous les postes importants du gouvernement étaient occupés par d’anciens Khmers rouges. Certains, au niveau des districts (« srok »), occupaient parfois les mêmes postes qu’autrefois ! Au quotidien, beaucoup de Khmers rouges s’étaient « retournés » pour aller avec les Vietnamiens, qui se reposaient sur eux. On avait changé de niveau d’intensité dans l’horreur mais les rouages idéologiques n’avaient pas changé. Le discours était très anti-khmer rouge alors que les Cambodgiens répétaient « On est passé d’un mal à l’autre ». Il y avait une blague répandue : « Pol Pot nous a amené au bord du gouffre, les Vietnamiens nous ont fait faire un grand bond en avant ! »

Eurasie : était-ce le seul aspect négatif des nouveaux gouvernants ?
Esmeralda Luciolli : Non, il y avait aussi le détournement de l’aide humanitaire. qui faisait l’objet de beaucoup d’indulgence de la part des ONG. C’est très bien décrit dans le livre de William Shawcross, « le poids de la pitié ». Ce journaliste a décrit comment le régime de Heng Samrin a bloqué l’aide humanitaire pour faire monter les enchères jusqu’à ce que les aides deviennent massives. En 1980, les humanitaires venaient à la frontière thaïlandaise pour amener les vivres car il était interdit d’aller jusqu’à Phnom Penh. Après ce pont humanitaire à la frontière, où les aides étaient incontrôlables, les ONG ont été autorisées à venir dans la capitale. Mais là, toute l’aide devait passer par un « bureau de réception de l’aide humanitaire » qui se servait très grassement. Pour l’UNICEF, c’était « le prix à payer ». Il y avait une complaisance par rapport au régime.

Eurasie :Comment avez-vous procédé pour ce livre ?
Esmeralda Luciolli : sur les conseils du père François Ponchaud, je suis partie chercher des faits pour que mon travail soit inattaquable. Je suis retournée dans les camps de réfugiés en Thaïlande pour étayer de manière systématique mes affirmations par des témoignages.

Eurasie : Il ne vous restait pas de documents du Cambodge ?
Esmeralda Luciolli : Non, je ne pouvais pas prendre des témoignages en notes, cela aurait été trop dangereux. En revanche en Thailande cela ne posait pas de problème : j’ai donc enregistré la Radio de la RPK (république populaire du Kampuchea) sur les conseils de F. Ponchaud et réalisé en Thaïlande des entretiens avec des réfugiés de l’intérieur pendant six mois, durant le dernier semestre de 1986. J’ai écrit le livre l’année suivante et il a été publié en 1988.

Eurasie : Comment fut-il reçu ?
Esmeralda Luciolli : De façon mitigée. Bien reçu de la part des gens qui pensaient que tout n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mal reçu par certaines ONG et par le gouvernement cambodgien. Les réactions les plus virulentes sont venus des ONG suivantes : CCFD et OXFAM. Pendant des années, j’étais probablement persona non grata au Cambodge. Maintenant tout le monde s’en fiche.

Eurasie : Vous êtes retournée au Cambodge ?
Esmeralda Luciolli : Vingt ans plus tard, en 2006. C’était très agréable, car la situation a beaucoup changé. Il y a ce décalage saisissant entre la liberté économique et le fait que cela reste un régime pas très démocratique ! Il n’y a plus cette emprise sur la vie quotidienne. J’ai retrouvé ce que j’aimais au Cambodge, la beauté du pays, la gentillesse de la population, la richesse de la civilisation.

Eurasie : Et le reste ?
Esmeralda Luciolli : Ce qui est douloureux : 60 % de la population n’a pas vécu l’époque des Khmers rouges, elle ne sait pas ce que c’était, et le génocide du Cambodge risque de passer par pertes et profits. F. Ponchaud estime que le projet de procès correspond à une vision très occidentale et n’intéresse pas les Khmers, encore trop préoccupés par la vie quotidienne. Mais d’un autre côté, il y a des survivants comme le réalisateur Rithy Panh qui disent assez justement que les Cambodgiens risquent d’être les seuls à avoir un génocide qu’on n’a pas jugé. C’est un acte symbolique fort de juger.

Eurasie : car la mémoire s’efface ?
Esmeralda Luciolli : Dans les camps de réfugiés, tous les Cambodgiens parlaient du génocide, aujourd’hui cela se dilue. Pour les plus jeunes Cambodgiens le génocide est abstrait, parce qu’on n’en parle pas. Une impasse est faite sur cette partie de l’histoire khmère. Dans les manuels scolaires cambodgiens, toute cette partie est occultée. Il n’y a qu’une frange d’intellectuels khmers qui se préoccupent du génocide. Il n’y a qu’un pas pour que le génocide soit purement oublié. D’où la nécessité de juger les derniers khmers rouges vivants.

Propos recueillis par Emmanuel Deslouis
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En voici les extraits les plus significatifs par MunySara

LE MUR DE BAMBOU

La décision de construire ce qui serait bientôt appelé le "mur de bambou" ne fut jamais annoncée publiquement. En juillet 1984, des rumeurs mystérieuses, dont des bribes arrivaient jusqu'à nous, se propagèrent parmi les Cambodgiens. Chacun devrait désormais se rendre sur la frontière, plusieurs mois par an, dans des régions minées et fortement impaludées, pour construire une sorte de nouvelle muraille de Chine entre le Cambodge et la Thaïlande. L'idée paraissait si folle que beaucoup d'étrangers ne voulurent y voir que l'expression de l'exagération qu'ils prêtaient aux Khmers. Au bout de quelques semaines, il fallut pourtant se rendre à l'évidence: les départs commencaient et ces travaux allaient bientôt devenir la hantise de tous les Cambodgiens.

L'armée vietnamienne a pris l'habitude d'enrôler des civils khmers pour des travaux d'ordre stratégique depuis 1979. Dans un premier temps, à partir de l'automne 1982, la population a dû participer au "travail socialiste". Ces travaux consistant à construire des digues, des routes, des terrassements se déroulaient à proximité du domicile et s'avéraient utiles pour les habitants. Très vite, ces ouvrages ont pris un caractère stratégique et les paysans ont reçu l'ordre de défricher les forêts environnantes et de construire des barrières de protection autour des centres d'habitation les plus importants. Depuis 1983, les habitants doivent construire des palissades faites de deux ou trois rangées d'épineux, de bambous, parfois doublées de champs de mines, autour des villages. La population est également contrainte d'édifier des barrières défensives le long des voies ferrées, autour des ponts et aux points stratégiques des grandes routes. (...) Toutefois, les premières corvées duraient peu de temps et n'entraînaient aucun déplacement de population.

En 1984, une nouvelle étape a été franchie: toute la population du pays a été mobilisée pour de gigantesques travaux désignés officiellement comme "travaux de défense de la patrie". Au début de cette année-là, les autorités vietnamiennes ont décidé de boucler la frontière thaïlandaise. L'offensive de la saison sèche 1984-1985 avait détruit les principaux camps de la résistance situés dans cette région. Pour consolider cette victoire, il fallait fermer hermétiquement le pays aux infiltrations de la guérilla et empêcher la population de fuir vers la frontière.

La décision d'ériger, dans ce but, une "ligne de défense"de huit cents kilomètres de long a été prise à Hanoi, début 1984, par le Comité Central du Parti Communiste Vietnamien. [Voir Marie-Alexandrine Martin, "Cambodge, une nouvelle colonie d'exploitation", Politique Internationale, juillet 1986 et "The military occupation of Kampuchea", Indochina Reports, septembre 1986]. La construction de ce "mur"asiatique devait s'opérer en plusieurs étapes: d'abord le défrichage d'une bande de terrain de trois à quatre kilomètres de large le long de la frontière, dans les forêts et les montagnes, puis le percement de tranchées, l'élévation de digues, la construction de palissades en bambou doublées de barbelés et de champs de mines, enfin, l'ouverture d'une route stratégique longeant le "mur", destinée à acheminer troupes et munitions et à surveiller la frontière.

Les autorités cambodgiennes ont été chargées d'exécuter le projet. Tout porte à croire que ces travaux devaient être réalisés le plus rapidement possible, quels qu'en soient le coût en vies humaines et les conséquences économiques, pour "lutter contre les bandits polpotistes de la forêt qui, depuis la destruction de leurs camps tout au long de la frontière thaïlandaise, s'infiltrent dans le pays pour voler de la nourriture et satisfaire leurs maîtres à Pékin ou à Washington". [Radio Phnom Penh, 21 septembre 1896]. Ces travaux d'Hercule évoquent ceux, gigantesques, entrepris du temps de Pol Pot. Les dirigeants actuels n'ont-ils pas un passé et une idéologie communs avec les responsables du régime précédent?

La réquisition des civils a commencé en septembre 1984. Les Cambodgiens parlent souvent du départ au "défrichage"comme d'un nouveau "17 avril". [Le 17 avril 1975 marque l'entrée des Khmers rouges à Phnom Penh et, pour la plupart des Cambodgiens, le début d'un calvaire].

Les travaux sont désignés par un sigle mystérieux: "K5", dont les Cambodgiens interrogés ignorent la signification. Chaque province du pays se voit confier la tâche de construire une portion de mur. Elle recrute deux à trois fois par an un contingent de travailleurs dits "volontaires" pour des périodes de trois à six mois, selon un quota fixé par le gouvernement central proportionnellement à sa population. Les provinces, à leur tour, déterminent les quotas pour chaque district, les districts font de même pour les communes et les communes pour les villages. En principe, on ne réquisitionne que les hommes âgés de 17 à 45 ans mais il arrive fréquemment que des femmes ou des adolescents soient désignés, faute d'autre personne disponible dans la famille. Pour l'ensemble du pays, chaque départ rassemble, en moyenne, 100.000 à 120.000 personnes. (...)

D'après un fonctionnaire du ministère de la Défense réfugié en Thaïlande, les travaux sont, au niveau national, sous la responsabilité directe de Bou Thang, de Hun Sen et de Heng Samrin, respectivement ministre de la Défense, Secrétaire général du Parti et Président de la République. (...)

A l'arrivée (sur les chantiers), rien n' est prévu pour accueillir et abriter les travailleurs. "Quand nous sommes arrivés," raconte Touch Sareun (un participant), "des milliers de travailleurs nous avaient précédés. Nous étions peut-être dix mille, venant de plusieurs provinces. Il n'y avait aucun abri. Il était inutile de chercher à se construire une hutte, car nous nous déplacions tous les jours. Certains avaient des hamacs, d'autres n'avaient rien. Ils dormaient par terre, sur un morceau de plastique ou à même le sol."(...)

La nourriture demeure très insuffisante. (...) Les réserves s'épuisent vite. "On nous avait dit qu'il y aurait tout ce qu'il fallait sur place, raconte un villageois de Takeo. Mais une fois arrivés, il n'y avait presque rien à manger."(...) Dans le groupe de Thory, une jeune femme de Battambang, "plusieurs personnes sont mortes du manque de nourriture. C'était comme sous Pol Pot." (...)

Il est interdit de chercher à trouver de la nourriture pendant le travail. Un Khmer Krom qui a participé au défrichage dans la région de Non Sap, chantier réputé très dur, rapporte : "Un jour, je m'étais éloigné un peu pour essayer de pêcher dans une mare. Les soldats m'ont vu. J'ai été pris et longuement battu. Cela arrivait souvent, car beaucoup de gens avaient faim. (...)

L'administration locale est, par endroits, incapable de subvenir à la nourriture des travailleurs. Ces rations de misère doivent pourtant suffire à exécuter un travail épuisant et dangereux: les "volontaires"doivent défricher des terrains minés, creuser des tranchées, construire des routes, transporter du matériel, des munitions, des cadavres, déminer le terrain et le reminer le long du "mur".

Partout, les témoignages sont identiques, les travailleurs sont répartis en petites équipes et ils travaillent de huit à dix heures par jour. Chacun se voit assigner une quantité déterminée de travail à accomplir dans la journée, faute de quoi les punitions, telles que les coups ou des corvées supplémentaires, sont fréquentes. A Samrong, Nong Rus devait "défricher, transporter des caisses de munitions et parfois des cadavres de soldats ou de travailleurs qui avaient sauté sur une mine."(...)

Les chantiers étaient surveillés par des soldats khmers, eux-mêmes supervisés par l'armée vietnamienne. La fuite, pratiquement exclue, est impossible de jour et très risquée de nuit, en raison des mines. Plusieurs réfugiés racontent avoir été parqués, pendant la nuit, sur des terrains entourés de mines. "Toute tentative d'évasion équivalait à un suicide. Une ceinture de mines avait été posée autour du campement, auquel on n'accédait que par un étroit sentier. Quelques soldats vietnamiens suffisaient à nous surveiller" raconte Chhay. Dans un autre groupe, "soixante-dix personnes ont reçu l'ordre de surveiller les autres. On leur a donné des fusils. Ils étaient eux-mêmes surveillés par les Vietnamiens. Si quelqu'un essayait de fuir, il était souvent abattu sur place. D'autres ont été pris et emmenés en prison à Battambang."

Sunnara, de Prey Veng, a été obligé de garder les "volontaires". "Nous n'avions pas le choix, les Vietnamiens étaient derrière nous. Les rares personnes qui essayaient de s'enfuir étaient rattrapées et sauvagement battues, puis emmenées en prison. Certaines ont été exécutées."

Sareth, de Pursat, déminait: "Souvent ceux qui sautaient sur des mines étaient accusées de vouloir s'enfuir. En réalité, c'étaient des accidents, car nous ne savions pas du tout où étaient les mines. (...)

Depuis le début des travaux, en septembre 1984, le plan K5, que certains ont qualifié de "nouveau génocide", a fait des dizaines de milliers de victimes. [Voir "Un nouveau génocide", Philippe Pacquet, La Libre Belgique, 26 mai 1986].

Les accidents dûs aux mines sont nombreux. Personne ne sait plus où elles se trouvent car la frontière khméro-thailandaise a été minée successivement, depuis des années, par les Khmers rouges, par les Vietnamiens, et par les résistants non communistes. (...)

De très nombreux décès sont intervenus sur le chantier de Non Sap, la première année des travaux, à la fin 1984. "On trouvait des cadavres dans plusieurs endroits", raconte Thory. "Nous devions les brûler. Parfois je devais transporter des munitions sur des distances assez longues. Le long du chemin, dans la forêt, nous trouvions les corps des travailleurs qui nous avaient précédés et qui avaient sauté sur des mines." Son témoignage est confirmé par d'autres personnes ayant travaillé dans la même région. Dans le groupe d'un villageois de Bavel, dix personnes sont mortes ainsi, dans un autre groupe, huit.

Il arrive que des camions transportant les "volontaires" sautent sur des mines. Dans le convoi de Sitha, deux camions ont été désintégrés. Sur la centaine de personnes que contenait chaque camion, plus de la moitié sont mortes et la plupart des autres blessées. En mars 1985, en allant à Pursat, un infirmier de Prey Veng a vu exploser le camion qui précédait le sien. Une vingtaine de "volontaires"ont été tués et une cinquantaine blessés. (...)

Les victimes des mines ont peu de chance de survivre à leurs blessures. Les postes de secours installés sur les chantiers ne disposent ni du personnel, ni du matériel nécessaire pour les soigner. Il faut parfois plusieurs jours pour évacuer un blessé à l'hôpital provincial le plus proche. De plus, les médecins compétents en chirurgie sont rares. Comme tous leurs confrères ils consacrent une partie de leur temps à des activités politiques et ne sont pas toujours disponibles. A supposer qu'ils le soient, ils ne disposent ni de sang, ni d'antibiotiques, ni d'oxygène, ni même, parfois, de compresses et de désinfectant. Les blessés graves meurent. (...)

En 1985, à Kandal, une centaine de blessés du premier contingent sont morts et des dizaines d'autres ont été amputés. A Prey Veng, cinquante-six travailleurs du second contingent sont morts sur les mines. (...)

Pourtant, ce ne sont pas les mines qui causent le plus grand nombre de pertes en vies humaines, mais le paludisme. Cela n'a rien de surprenant, alors que les zones où se déroule le défrichage sont connues pour être infestées par le paludisme. (...) Depuis le début des travaux de la frontière, il se produit le même phénomène que lors des déportations du temps des Khmers rouges: les "volontaires" [venant des plaines centrales dans lesquelles le paludisme est rare en temps normal], transplantés du jour au lendemain dans des régions fortement impaludées, sont très sensibles à la maladie. La quasi-totalité d'entre eux est parasitée en peu de temps et le développement de formes graves est favorisé par la sous-alimentation et l'épuisement. Tous les témoins parlent du paludisme comme d'un véritable fléau. De plus, une fois malades, les "volontaires"sont contraints de continuer à travailler jusqu'aux limites de leurs forces. (...)

Alors qu'au début, le plan K5 était très secret et peu abordé à la radio, dès mi-1985, des échos semblables à ceux célébrant l'enthousiasme sur les chantiers du régime khmer rouge se sont fait entendre: "Notre peuple vit maintenant dans la joie. Il s'efforce de surmonter tous les obstacles en participant volontairement aux travaux de défense de la patrie, construisant en même temps une nouvelle vie sur cette terre dont il est devenu le maître." [Radio Phnom Penh, 22 août 1986]. (...)

De tous les contingents, le premier, parti en septembre 1984, a été le plus durement touché. Ces premiers "volontaires" ont été décimés par le paludisme, la faim et les mines. Tout au long du premier semestre de 1985, des dizaines de milliers de travailleurs sont revenus chez eux, tant bien que mal. (...) Lors de nos sorties en province, le spectacle des dispensaires évoquait la frontière thaïlandaise en 1979: partout, des hommes malnutris, épuisés, souvent entassés à même le sol. Partout où nous allions, dans les provinces, dans les districts, 80 à 90% des "volontaires" revenaient malades. La mortalité était très élevée, de l'ordre de 5 à 10%. A Kandal, sur 12.000 travailleurs, il y a eu 9.000 cas de paludisme et 700 décès. Dans un district de Takeo, sur 1.100 partants, on comptait 900 cas de paludisme et 56 décès. Dans un district de la province de Kompong Chhnang, 10% des "volontaires" avaient succombé à la maladie. [Voir "Malaria decimates border workers", AFP, Lucien Maillard, 27 août 1985; "Forced human bondage", Far Eastern Economic Review, 22 août 1985; Marie-Alexandrine Martin, "Une nouvelle colonie d'exploitation", Politique internationale, été 1985]. (...)

Certains cadres, disait-on, manifestaient une certaine opposition à poursuivre les travaux sans souci du coût en vies humaines. Le Premier ministre lui-même, Chan Sy, aurait été de ceux-là, raison pour laquelle de nombreux Cambodgiens considèrent sa mort soudaine en 1985 comme suspecte. (...)

Le bilan des deux premières années du plan K5 est lourd. Selon les estimations les moins alarmistes, un million de personnes au moins ont participé aux travaux de septembre 1984 à fin 1986. [Le neuvième contingent est parti en octobre 1986. Rappelons que chaque contingent comporte, en moyenne, 120.000 personnes]. Le taux de mortalité dû au paludisme se situe autour de 5% et il y aurait donc eu au minimum 50.000 morts durant cette période. Selon un fonctionnaire du ministère de la Défense, réfugié en Thaïlande, ses services estimaient, en mars 1986, que 30.000 personnes étaient décédées depuis le début des travaux. Ce bilan ne tient pas compte des dizaines de milliers de malades et de blessés ni des infirmes. (...)



A l'orphelinat des "petits", à Phnom Penh, le nombre d'abandon d'enfants a considérablement augmenté depuis le début des travaux. La mort du mari au défrichage représente le principal motif invoqué par les mères qui ne peuvent plus à la fois travailler et s'occuper de l'enfant. (...)

Au cours de nos sorties en province, il était de plus en plus rare de voir des hommes travailler dans les champs et la majeure partie du temps, des femmes plantaient, repiquaient ou moissonnaient, seules. Dans chaque foyer, le départ d'une personne, le plus souvent un homme, pendant de longs mois, fait baisser la production familiale et même à leur retour, les hommes n'ont souvent pas la force de retravailler avant plusieurs semaines. (...)

[Courant 1985, selon un fonctionnaire du ministère de l'Agriculture], 60 à 70% seulement des rizières cultivées l'année précédente avaient pu être ensemencées, la main d'oeuvre étant considérablement réduite par les réquisitions pour le défrichage, l'armée et les milices de défense villageoises. (...) Fin 1985, le ministère de l'Agriculture prévoyait un déficit de 250.000 tonnes de paddy pour la récolte à venir. (...) La mobilisation générale de la population pour les travaux de la frontière a pris une bonne part de responsabilité dans le déficit agricole. (...)

Nul doute que, de tous les aspects de l'occupation vietnamienne, le plan K5 constitue le plus inquiétant. Officiellement, la construction du mur répond à la nécessité de défendre le pays contre les infiltrations de la résistance basée à la frontière khméro-thaïlandaise. (...) A supposer même que la résistance constitue une véritable menace pour Phnom Penh, tous les experts militaires, tous les observateurs, s'accordent à dire que le "mur", une simple palissade en bambou est inapte à arrêter les infiltrations. Par ailleurs, aucune ligne de défense n'est efficace si elle n'est gardée sur toute sa longueur. La construction elle-même avance beaucoup plus lentement que prévu et, trois ans après le début des travaux, seuls quelques tronçons sont achevés. (...) La ligne de défense ne saurait donc jouir d'aucune crédibilité stratégique pour ce qui est des infiltrations extérieures.

Dans ces conditions, il convient sans doute de chercher ailleurs les raisons de cette extravagance meurtrière. La "ligne de défense", si elle ne gêne pas les résistants, constitue en revanche un obstacle réel à la fuite de la population vers la Thaïlande. (...)

Parmi les Cambodgiens, certains attribuent d'autre part aux Vietnamiens l'intention d'éliminer par ce moyen, insidieusement, une partie des forces vives du pays. On peut d'autant plus mettre cet argument en doute que la construction du mur, par ses méthodes, rappelle surtout les Khmers rouges. En revanche, il est indéniable que cette entreprise permet au régime de maintenir la population dans un état de mobilisation permanente, et c'est peut-être là qu'il convient d'en rechercher la justification principale.

Quoi qu'il en soit, le plan K5 apparaît comme une entreprise stratégiquement absurde, commandée avant tout par des considérations de politique intérieure, difficilement avouables, dont le peuple khmer a déjà payé le tribut en dizaines de milliers de vies humaines. [Voir "A fence to be tested", Jacques Beckaert, Bangkok Post, 15 mai 1986 et "The military occupation of Kampuchea", Indochina Report, September 1986]. Peut-être n'est-ce pas là l'une des moindres contradictions de ce régime qui appelle, pour nombre de Cambodgiens, la comparaison avec les Khmers rouges.

En 1986, des milliers de réfugiés sont arrivés à la frontière khméro-thaïlandaise. La peur de retourner aux travaux de "défense de la patrie" venaient en premier parmi les motifs qui les avaient poussés à fuir. (...) Malgré les témoignages de ces réfugiés, le plan K5 a suscité peu d'intérêt à l'étranger. Quelques rares journalistes [le premier à en avoir longuement parlé dans un quotidien français est Jean-Claude Pomonti, dans un article intitulé "Le mur vietnamien" paru dans le Monde daté 5-6 mai 1986] ont fait état des travaux, sans provoquer de réaction internationale à cette nouvelle tragédie du peuple khmer. Peu avant mon départ de Phnom Penh, un Cambodgien me confiait, amer: "On n'a rien fait pour nous à l'époque de Pol Pot, alors maintenant, vous pensez bien !".

Tioulong Saumura : “Nul besoin d’être une grande puissance pour jouer un grand rôle”

Tioulong Saumura, députée PSR de Phnom Penh, a été nommée vendredi dernier membre titulaire du comité de l’Union interparlementaire consacré au développement durable, à la finance et au commerce. Entretien.

Qu’est-ce que l’Union interparlementaire?
C’est comme une association internationale qui regroupe les parlementaires élus démocratiquement dans le monde entier. L’idée qui a présidé à la constitution de cette union interparlementaire, c’était de faire le pendant aux organisations internationales gouvernementales comme les réunions des ministres des Affaires étrangères de l’Asean qui, elles, regroupent l’exécutif.

A quoi sert cette Union?
Le premier but est de réfléchir ensemble à des sujets d’actualité qui peuvent intéresser les parlementaires de tous les pays. Les sujets trop régionaux n’auront pas leur place. Le thème des mutilations génitales des femmes par exemple n’intéressera pas tout le monde. Au contraire du terrorisme ou de la corruption qui sont des sujets éminemment internationaux. L’Union est un lieu de débats, d’échanges d’expériences. Les intérêts et les approches ne sont pas les mêmes d’un bout à l’autre de la planète. Nous recherchons ensemble une solution concrète que chaque parlementaire devra défendre devant son exécutif. C’est le rôle du député : légiférer, convaincre, faire pression, informer le public.

Quel était le thème de réflexion à l’assemblée générale de Bali la semaine dernière?
C’était les changements climatiques. Chaque comité débat selon ses compétences. Ainsi le comité pour la démocratie et les droits de l’Homme discutera des violations des droits de l’Homme ou des injustices qui découlent du réchauffement de la planète.

Quel rôle comptez-vous jouer dans le comité sur le développement durable, la finance et le commerce?
Je n’y ai pas réfléchi précisément mais je considère qu’il est de mon devoir de faire face à ce qui risque de faire souffrir tout le monde y compris les Cambodgiens. A Bali, j’ai récolté toutes les informations sur les mesures préconisées pour réduire les gaz à effet de serre et favoriser l’exploitation de sources d’énergie non polluante et renouvelable. Je voudrais notamment encourager la culture du jatropha curcas l., nom scientifique de la pourghère. C’est une plante de la famille des euphorbiacées, comme les hévéas, qui est utilisée au Cambodge comme barrière végétale mais dont on peut tirer une huile pour en faire un biocarburant. A Djakarta, en décembre prochain, aura lieu une réunion sous l’égide de l’Onu. Un fonds y sera créé. Si nous, Cambodgiens, nous développons l’utilisation d’huile de jatropha, nous recevrons une aide financière par le biais de ce fonds.

Mais du jatropha au biocarburant il y a des étapes de transformation...
Pour obtenir l’huile, il suffit d’une presse manuelle. J’en ai rapporté une d’Indonésie et j’ai fait l’essai moi-même. En revanche, on ne peut pas mettre l’huile telle quelle dans un moteur. Il faut d’abord lui faire subir un procédé chimique simple qui la rend moins visqueuse. Pourvu que votre moteur tourne au diesel, cette huile aura les mêmes propriétés que l’essence. La consommation n’est pas plus importante et les coûts réduits. Trois kilos de graines donnent 1L d’huile, ce qui revient à 1 200 riels le litre tandis que dans les campagnes, le litre de mazout est vendu 3 700 riels. Aujourd’hui, le Mali, la Tanzanie et le Brésil sont les pays les plus avancés sur l’huile de jatropha. Il faut encourager la coopération Sud-Sud. Les pays du
Nord, forts consommateurs d’énergie sont aussi intéressés. Les Allemands sont ceux qui ont le plus d’expertise sur cette plante car ils ont piloté les programmes maliens, tanzaniens et brésiliens. Au Mali aujourd’hui, les rendements sont de 4 tonnes par hectare.

Que peut apporter le Cambodge dans ce type d’institution?
Nous sommes tous égaux. Etre un petit pays ne nous empêche pas d’avoir des idées et de les exprimer. Il suffit parfois de prendre l’initiative. Ma philosophie remonte à l’époque des années 1960. On n’a pas besoin d’être une grande puissance pour jouer un rôle disproportionné par rapport à sa taille économique. A la conférence des non-alignés, Sihanouk traitait à l’égal des Nasser, Nehru, Sukarno et Mao Zedong. Il ne faut pas faire de complexe d’infériorité. Les idées peuvent aider à solutionner bien des problèmes dans le monde. C’est la tâche à laquelle je compte m’atteler.

Propos recueillis par Anne-Laure Porée
CS 08-05-2007

Présidentielle française au Cambodge : les Franco-Khmers pencheraient pour Nicolas Sarkozy

Reportage devant le bureau de vote de Phnom Penh, mis en place pour permettre aux Français du Cambodge de voter lors de l'élection présidentielle française. Côté franco-khmer, nombreux ne cachaient pas leur préférence pour le candidat de droite.

PHNOM PENH - “C’est comme le 14 juillet, à la seule différence près qu’il n’y a pas à boire... On voit passer toute la communauté française”, s’amusait Laurent Lemarchand, premier conseiller à l’ambassade de France hier matin. A première vue, à 10 heures, l’affluence était plus grande qu’au premier tour. Sur les 1 402 électeurs inscrits auprès du consulat, 200 s’étaient déjà présentés à cette heure-là. Une petite file d’attente s’était constituée dans l’unique bureau de vote de l’ambassade : rares étaient les personnes qui ne venaient pas accompagnées, en couple, en famille ou entre amis. A croire que le devoir civique s’accomplit collectivement, que l’on ait la double nationalité ou non. “C’est moi qui gère la politique à la maison”, affirme ce retraité français accompagné de sa jeune épouse d’origine cambodgienne. Elle opine du chef suite aux propos de son mari. Elle a suivi ses consignes : au premier tour elle a voté Le Pen, au second, Sarkozy. “On est comme ça nous les Corses”, ajoute encore cet imposant personnage qui n’a pas suivi la consigne d’abstention du FN “pour faire barrage à la gauche”.

Hier matin, les Français étaient moins nombreux que les binationaux : lève-tard patentés, ils sont réputés être plutôt du soir. Pour les rares qui étaient présents cependant, c’était plutôt Ségo : “Je vote plus contre quelqu’un que par conviction, affirme ce jeune homme âgé d’une trentaine d’années. Le problème, c’est que Sarko applique la politique du résultat en bon opportuniste qu’il est. Il a soigné les vieux car ils sont plus nombreux. Mais je crois que tout est encore possible, et j’espère qu’on va avoir une bonne surprise ce soir”. Un peu plus loin, un groupe se lance dans les pronostics : une jeune femme s’inquiète d’avoir vu beaucoup de bulletins “Royal” dans l’isoloir, son ami lui répond que c’était tout le contraire dans le sien.

Côté Franco-Khmer, Sarkozy faisait clairement l’unanimité. Appartenant plutôt à l’élite, hautes personnalités politiques ou membres de la famille royale, ces derniers ont évoqué pêle-mêle pour justifier leur vote la sécurité à Paris, l’immigration, la nécessité de voir un homme d’expérience prendre les rênes du pouvoir. En écho à leurs dires, un communiqué tombait hier matin. Transmis par Sam Rainsy mais non signé par celui-ci, il appelle à voter pour le chef de l’UMP et commence en ces termes : “Nous, représentants de quelque 100 000 Français d’origine cambodgienne [...] sommes persuadés que Nicolas Sarkozy, un homme de principes qui partage beaucoup de nos valeurs, aidera le Cambodge”. Signé par neuf personnes basées un peu partout dans l’hexagone, il se décline en cinq points - sécurité, droits de l’Homme, lutte contre la corruption... - comme autant de domaines que la droite sera mieux à même d’investir.

Les Khméro-français présents n’avaient apparemment pas besoin d’une telle recommandation pour voter pour le candidat de la droite. Ils rechignaient cependant davantage à dévoiler la personne pour laquelle ils avaient choisi de voter. Consigne avait été donnée ce jour-là par l’ambassade de France d’interdire à la presse de prendre des photos dans le bureau de vote, certains binationaux n’ayant aucune envie qu’on les voit remplir leur devoir de citoyen de la République française.

Mélodie Tissot

Election présidentielle française : les réactions au Cambodge

Election présidentielle française : les réactions au Cambodge
07-05-2007

Premières réactions dans le monde politique du Cambodge à l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république française.

Khieu Kanharith, porte-parole du gouvernement : “Avant les élections, la France était divisée, mais j’espère qu’après le scrutin, la population s’unira à nouveau autour des valeurs telles que la liberté et les droits de l’Homme. Ségolène Royal a parlé de boycotter [les jeux olympiques en] Chine, c’est un peu simpliste. Quant à Nicolas Sarkozy, malgré un discours musclé, j’espère que s’il est élu, la France restera le pays des libertés, comme cela l’est aux yeux des Cambodgiens.”

Sam Rainsy, président du PSR : “Nicolas Sarkozy a été élu, je suis content car c’est le seul candidat qui a reçu le PSR, alors que le parti socialiste n’a pas beaucoup de considération pour nous. Son programme m’intéresse en partie, mais c’est surtout l’intérêt qu’il porte à la démocratie en Asie, et au Cambodge, qui est important à mes yeux. Je pense que beaucoup de Cambodgiens de France ont voté pour Sarkozy. Moi au premier tour, j’ai voté pour François Bayrou. L’UDF et le PSR ont de très bonnes relations et sont tous deux affiliés à l’Internationale libérale. Je regrette qu’il n’ait pas fini au moins deuxième.”

Norodom Ranariddh, président du PNR : “C’est facile de voter en France : j’ai déménagé depuis 6 mois, et il y a un bureau de vote juste à côté de chez moi. Nicolas Sarkozy s’est beaucoup inquiété de la question de l’immigration. Il a dit que s’il était élu, il créerait un ministère de l’Immigration séparé du celui de l’Intérieur. J’ai eu la même idée il y a cinq ans. Au Cambodge, l’immigration, en particulier des Viêtnamiens, pose aussi problème. Même si l’immigration en France n’est pas aussi importante qu’au Cambodge, la France devrait créer un ministère de l’Immigration.”

Keo Puth Rasmey, président du Funcinpec : “Nicolas Sarkozy est plus populaire et plus actif que Ségolène Royal. Quand j’étais ambassadeur en Allemagne, la population a choisi une dirigeante, mais les Français ne croient pas encore qu’une femme peut diriger leur pays. Depuis longtemps, les Cambodgiens qui ont la double nationalité et qui votent en France ou ici, votent pour la droite. A mon avis, la politique étrangère de la France est toujours la même s’il y a une alternance politique.”

Mme Ing Kantha Phavi, ministre des Affaires féminines : “Si Ségolène Royal remporte les élections, je la soutiendrai. Cependant, il ne suffit pas d’être une femme pour être un bon candidat, ce sont avant tout les compétences qui comptent.”

Kul Panha, directeur exécutif de l’organisation d’observation électorale Comfrel : “Les Cambodgiens de France en ont assez du communisme et du socialisme, qui les ont fait souffrir dans le passé. Le plus important à leurs yeux c’est la liberté. Même si certains aiment bien Ségolène Royal car elle met en avant les valeurs comme l’égalité, les conservateurs tels que Nicolas Sarkozy pensent davantage aux droits de l’Homme. Je crois qu’il continuera à aider le Cambodge car la politique française exerce toujours une influence sur le royaume, surtout dans les domaines des droits de l’Homme et de la démocratie.”

Sarah Oliveira et Chheang Bopha

Nicolas Sarkozy, un président nouvelle génération

Election présidentielle française : Nicolas Sarkozy, un président nouvelle génération
07-05-2007

Portrait du nouveau président de la république française, élu dimanche soir par 53,1% des électeurs français, selon les premières estimations.

Nicolas Sarkozy est le nouveau président de la République française. Cette victoire, c’est celle de la droite bien sûr, mais aussi celle de tous les collégiens de France et de Navarre qui ont un jour redoublé une classe et à qui on a dit qu’ils n’arriveraient à rien dans la vie. Fils d’un immigré hongrois issu de la petite noblesse locale et exilé en France pour cause de persécution communiste, le petit Nicolas naît le 28 Janvier 1955 à Paris. Sa mère, au foyer, reprend ses études de droit et devient avocate après son divorce. Et c’est tout naturellement qu’il marche sur ses traces, en obtenant une maîtrise de droit en 1978, sans avoir oublié de redoubler sa 6e. Il entre ensuite à Sciences-po Paris dont il ne sort pas diplômé, éliminé par de trop mauvaises notes en anglais. Mais peut-être était-il trop occupé par ses engagements politiques pour se consacrer suffisamment à ses études : en 1976, il adhère au Rassemblement pour la République (RPR), l’ancêtre de l’UMP, avec la bénédiction de Charles Pasqua. 1981, nouvelle présidentielle, il préside le comité de soutien des jeunes à la candidature de Jacques Chirac. La même année, après avoir longtemps hésité à devenir journaliste, il embrasse la carrière d’avocat. En 1983, il épouse sa première femme dont il aura deux garçons, et devient le plus jeune maire de France. A 28 ans, c’est l’édile de la ville la plus riche du département le plus riche de France : Neuilly, dans les Hauts de Seine, en banlieue parisienne.

Nicolas Sarkozy est un homme pressé, maire avant 30 ans, il est élu député à 34 ans et obtient son premier portefeuille ministériel à 38 ans, lors de la victoire de la droite aux législatives de 1993. Entre-temps, il a rencontré Cécilia, dont il a fait la connaissance lorsque, maire de Neuilly, il l’a mariée à l'animateur de télévision, Jacques Martin, qu’elle quittera en 1989 pour l’épouser. C’est avec son poste de ministre du Budget et de porte-parole du gouvernement d’Edouard Balladur qu’il se fait connaître du grand public. En 1995, lors de l’élection du chef de l’Etat, il mise sur le mauvais cheval, en soutenant le Premier ministre sortant contre Jacques Chirac. Il tente de revenir dans le jeu politique en prenant la tête du RPR. Il emmène sa formation aux élections européennes de 1999, qui se soldent par un échec cuisant et une longue traversée du désert pour Nicolas Sarkozy. Il revient alors à ses premiers amours, reprenant sa place dans le cabinet d’avocat qu’il avait créé, et proclame dans un livre, Libre (2001), son bonheur d’être éloigné de la vie politique.


Une ascension continue depuis 2002
Mais s’il est parti, ce n’est que pour mieux revenir. A partir de 2002, son ascension est continue. Il est nommé N°2 du gouvernement et prend ses fonctions au ministère de l’Intérieur, où il impose un style “musclé”. Il déclare la guerre aux excès de vitesse et instaure le fichage ADN des délinquants sexuels, ensuite étendu à toute personne soupçonnée, sans que les preuves de culpabilité soient forcément établies. En mars 2004, il devient ministre de l’Economie, où il laisse deux souvenirs : celui d’avoir réduit de 2% les prix des biens de consommation, et d’avoir promis qu’il ne privatiserait jamais Gaz de France. En novembre, il est élu président de l’UMP avec 85% des voix, il démissionne le lendemain pour se consacrer pleinement à la course présidentielle. Mais le “non” à la Constitution européenne a raison de cette volonté, il revient aux affaires en tant que ministre de l’Intérieur. Et c’est Place Beauvau que le président de la République a construit son image. Il n’hésite pas à employer les mots “Karcher”(1) et “racaille”(2) pour parler des banlieues françaises qu’il faudrait nettoyer de leurs délinquants. Le divorce entre Nicolas Sarkozy et les jeunes des périphéries est consommé. Le fossé continue de se creuser pendant les émeutes de novembre 2005.
Par sa fonction et par ses idées, il se retrouve en première ligne. Il reste pourtant assez discret, comme il le sera aussi cinq mois après lors de la crise du Contrat Première Embauche (CPE). Proposé par le Premier ministre, sur ses recommandations, ce contrat vise à faciliter aux jeunes l’accès à l’emploi en rendant plus flexible le droit du travail qui les entoure. Avec la révolte des jeunes qui s’ensuit, il prend une fois de plus ses distances, mais sa candidature émerge définitivement comme la seule à droite. Il continue sa montée dans les sondages en chassant sur les terres de l’extrême-droite avec deux lois emblématiques : l’une sur l’immigration qui durcit les conditions de régularisation des sans-papiers, et l’autre sur la prévention de la délinquance qui veut détecter dès le plus jeune âge ses signes avant-coureurs chez les enfants. En novembre 2006, il annonce sa candidature au poste suprême. Début janvier, il est approuvé par ses militants avec 98% des voix, seul candidat à la candidature.

Départ en retraite
Il ne quittera plus la tête des sondages d’intentions de vote. Il avait obtenu le plus haut score par un candidat du premier tour avec 11 millions et demi de voix et 31% des suffrages. Hier soir, il a transformé l’essai, vainquant le “Tout sauf Sarkozy” de la gauche française. Il prendra en effet une retraite... spirituelle, a-t-il annoncé.
(1) Outil de nettoyage à haute pression, fabriqué par la marque allemande Karcher
(2) Terme d’argot signifiant voyou, petit malfrat

Lorraine de Foucher

Nicolas Sarkozy en 13 dates
28 janvier 1955
: Naissance
1974 : Adhésion à l’Union des démocrates pour la République créée par le général de Gaulle.
1981 : Il devient avocat et préside le comité de soutien des jeunes à la candidature de Jacques Chirac.
1983 : Il devient le plus jeune maire de France en prenant l’Hôtel de Ville de Neuilly à 28 ans.
1989 : Il épouse Cécilia, femme de l’ombre qui participe à toutes ses décisions
1993 : Débâcle de la gauche aux législatives, la droite arrive au pouvoir et dans son sillage Nicolas Sarkozy devient porte-parole du gouvernement
1995 : Début de la traversée du désert, il soutient Edouard Balladur contre Jacques Chirac. Avec la victoire de ce dernier, il est tenu éloigné des affaires.
1999 : Elu président par intérim du RPR.
2002 : Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
2004 : Il passe 6 mois à l’Economie, avant d’être élu président de l’UMP
2005 : Il revient à l’Intérieur, avec le Non au référendum.
Mars 2007 : Il est désigné candidat officiel en janvier.
5 Mai 2007 : Nicolas Sarkozy est élu président de la République française.

jeudi 3 mai 2007

Le Petit Journal au Cambodge, c'est parti !


BILLET DE MAI - Le Petit Journal au Cambodge, c'est parti !

Chère lectrice,Cher lecteur,Vous avez devant vous le premier numéro de ce que nous espérons deviendra vite le compagnon de votre vie quotidienne. En choisissant de lancer une édition cambodgienne du Petit Journal nous espérons apporter un véritable plus aux milliers de Français, et Francophones qui résident au Cambodge ou s'intéressent à son actualité. Lancé en 2001 à Mexico, le Petit Journal a depuis beaucoup évolué, et est désormais présent dans une vingtaine de capitales avec plus de 90.000 abonnés à l'échelle mondiale. Le concept est unique, il vous permettra via notre lettre d'information électronique de recevoir quotidiennement un condensé de l'actualité internationale, politique, économie, culture sport etc…, et aussi des articles et des brèves exclusifs sur l'actualité du Royaume. Plus intéressant encore, nous tenterons par la rédaction d'un agenda et d'un pense bête de vous tenir au courant de ce qui se passe, conférences, expositions, soirées, réunions… la scène phnompenhoise, la scène cambodgienne dans son ensemble, sont remuantes, mais dispersées et nous ne sommes malheureusement qu'informés à rebours des évènements organisés en dehors de nos cercles de connaissances.
Cette édition sera avant tout ce que nous en ferons ensemble, si vous avez des informations à faire passer, si vous organisez des évènements, n'hésitez pas à nous les communiquer. Si vous vous sentez une âme de journaliste, alors pourquoi ne pas rejoindre notre équipe de rédaction, c'est une aventure collective que nous vous proposons.
Vous êtes 1.211 à recevoir ce premier numéro, nous espérons que vous serez beaucoup plus dans les semaines à venir, que vous prendrez plaisir à lire ce journal, que vous saurez le faire vivre, et le faire connaître à vos proches, amis et collègues.
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